La dématérialisation de l’art amorcée à l’ère post-moderne par les artistes minimaux et surtout conceptuels a paradoxalement contribué à une capitalisation de l’immatériel réapproprié par le marché (Chiapello et Boltanski). Le document est passé d’un espace sur l’art à un espace de l’art, et d’une valeur testimoniale, historique ou archivistique à une valeur d’autorité, modifiant son statut artistique et économique. En parallèle, les nouveaux modes d’accès sur Internet ont permis une certaine défétichisation du document (Falguières). Considérant le document comme un potentiel à réactiver et interpréter, ce nouveau contexte artistique, théorique, économique et technologique pose en outre la question des modes d’écriture et de lecture de l’histoire.
Depuis la Documenta XI en 2002, on assiste au sein des lieux d’exposition à une multiplication de projets interrogeant le sens et l’usage du document dans un champ élargi de l’art contemporain. Cette sur-représentation nous semble corollaire des enjeux renouvelés importés dans les champs de l’art et de la recherche via notamment la démocratisation d’Internet : la mise à disposition de nouveaux outils et modalités nous pousse à reconsidérer, voire réinventer les notions d’espace privé et d’espace public dans ces champs, de même que les trajectoires qui mènent de l’un à l’autre.
Quel accès, quels usages et quels enjeux pour le document dans les pratiques contemporaines de l’art et de sa recherche ? C’est la question que nous avons posée à des artistes, curateurs, chercheurs et théoriciens, afin d’exposer la diversité des pratiques et des réflexions sur ce thème.
Avec des contributions de 1:1projects (IT), Julieta Aranda (US), Patrick Bernier et Olive Martin (FR), Marco Bertozzi (IT), Enrico Bisenzi et Claudio Parrini (It), Careof (IT), Jakob De Chirico (It), Neil Cummings et Marysia Lewandowska (UK), Cécile Dazord (FR), Carola Dertnig et Juma Hauser (Al), Guillaume Desanges et François Piron (FR), documentsd’artistes (FR), Mounir Fatmi (FR), Kirsten Forkert (CDN), Renée Green (GB), Jeff Guess (FR), Thomas Hirschhorn (CH), Eric Mangion (FR), SARL Grore Image (FR), Eric Watier (FR).
Double page centrale : Vera Frenkel, artiste canadienne, travaille à partir de sources documentaires ou fictives qu’elle confronte pour soulever la question de l’archive comme trace, pièce à conviction, réinvention de sens, pérennisation et transmission d’une œuvre. Dans News of the Scaffolding Archive « un(e) archiviste anonyme, passionné(e) par les changements destructifs dans la ville où il ou elle vit, finit par en devenir le vigilant enregistreur. Conscient des pertes si assidûment documentées, l’archiviste confie l’unique copie de l’archive à un associé de confiance ».
Couverture : artiste autrichienne, Stéfanie Seibold a assemblé des documents d’origine diverse pour former les 3 posters de la série A READER, qui fonctionnent à la fois comme un travail visuel indépendant, un fanzine queer et féministe, et un contexte général pour sa pratique autour de la représentation des concepts d’identité, corps, sexe et genres.
Sur le site www.ecoledumagasin.com/session17 : publication de l’ensemble des contributions en version complète et téléchargeable + contributions spécifiques de 1 :1 project, Marco Bertozzi, Carola Dertnig et Juma Hauser, Stéphanie Elarbi et Laurent Prexl (Atelier Boronali), Via Farini et Jérôme Dupeyrat.